Article · Urgences

Intoxication au CO :
reconnaître, agir vite,
soigner par l'oxygène.

Maux de tête, nausées, vertiges en hiver, chez plusieurs membres d'un même foyer : et si c'était le monoxyde de carbone ? Première cause de mortalité par intoxication accidentelle en France, le CO appelle une réponse rapide — et l'oxygénothérapie hyperbare a un rôle central.

Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz inodore, incolore, indétectable sans capteur. Il se forme dès qu'un appareil à combustion fonctionne mal : chaudière, chauffe-eau, poêle à bois, groupe électrogène, brasero en milieu confiné. Il se fixe sur l'hémoglobine 230 fois plus fortement que l'oxygène — privant tissus et cerveau de leur carburant.

Reconnaître les signes

Les symptômes initiaux sont aspécifiques, ce qui explique le retard de diagnostic fréquent. Évoquez le CO devant :

  • Maux de tête en casque, sans cause évidente
  • Nausées, vomissements, vertiges
  • Fatigue inhabituelle, somnolence
  • Confusion, troubles de la concentration
  • Et surtout : plusieurs personnes du même lieu qui présentent les mêmes signes en même temps

Aux formes sévères s'ajoutent perte de connaissance, convulsions, troubles cardiaques. Une exposition prolongée peut être fatale.

Que faire ? Trois gestes

  1. Aérer immédiatement : ouvrir portes et fenêtres en grand.
  2. Évacuer tout le monde, y compris les animaux. Couper si possible l'appareil suspect.
  3. Appeler le 15 (Samu) ou le 18 (pompiers). Ne pas attendre.

Le diagnostic se confirme par une mesure du taux de carboxyhémoglobine (HbCO) dans le sang à l'arrivée des secours ou aux urgences.

La place de l'oxygénothérapie hyperbare

Aux urgences, le premier traitement est l'oxygène à 100 % au masque. Il accélère l'élimination du CO fixé sur l'hémoglobine (la demi-vie passe de 5 heures sans oxygène à environ 80 minutes sous oxygène normobare).

L'oxygénothérapie hyperbare va plus loin : en plaçant le patient dans un caisson à 2,5 ATA, la demi-vie du CO chute encore — autour de 20 minutes. Surtout, elle prévient le syndrome post-intervallaire : des troubles neurologiques tardifs (mémoire, concentration, humeur) qui peuvent apparaître plusieurs semaines après l'intoxication, et qui sont plus fréquents en l'absence d'OHB.

L'indication d'OHB est d'autant plus forte que l'intoxication a été sévère, prolongée, ou survenue chez une personne fragile (femme enceinte, enfant, antécédents cardiaques).

Critères d'orientation vers le caisson

Les recommandations françaises retiennent typiquement :

  • Perte de connaissance, même brève
  • Symptômes neurologiques persistants après une heure d'oxygène normobare
  • Grossesse, quelle que soit la gravité apparente
  • Atteinte cardiaque associée
  • Taux de HbCO élevé (les seuils varient selon les protocoles)

En pratique, c'est le médecin urgentiste qui décide de l'orientation, en lien avec le service hyperbare. À Avignon, le centre est joignable 24h/24 sur appel via le standard du Centre Hospitalier.

Prévention : ce que chacun peut faire

  • Faire vérifier chaudière, chauffe-eau, poêle chaque année avant l'hiver
  • Ne jamais utiliser à l'intérieur un appareil conçu pour l'extérieur (brasero, groupe électrogène)
  • Ventiler quotidiennement, ne pas boucher les entrées d'air
  • Installer un détecteur de CO : 20–30 €, et autonome plusieurs années

Le CO tue chaque année des dizaines de personnes en France et en intoxique plusieurs milliers. La plupart des accidents sont évitables — et lorsqu'ils surviennent, plus la prise en charge est rapide, meilleur est le pronostic.

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